Couple de primo-accédants analysant des documents immobiliers avec réflexion et concentration dans un appartement lumineux
Publié le 17 mai 2024

Votre « coup de cœur » immobilier est le principal risque pour votre portefeuille : il vous fait ignorer les défauts et surpayer.

  • Le coût d’un bien ne se résume pas à son prix d’achat, mais inclut les compromis futurs (temps de trajet, manque de place) et sa capacité à être revendu facilement (sa liquidité).
  • Contrer l’émotion ne signifie pas ne rien ressentir, mais traduire chaque sentiment en une analyse chiffrée pour prendre une décision objective.

Recommandation : Avant même de visiter, définissez vos critères non-négociables et des seuils chiffrés pour chaque compromis potentiel. Ce cadre rationnel sera votre meilleur allié.

Cette cuisine ouverte donnant sur une terrasse plein sud… Ce parquet ancien qui craque juste assez… Vous l’avez, le fameux « coup de cœur ». Cette décharge d’adrénaline qui vous fait dire « C’est lui, c’est ici que je veux vivre ». En tant que primo-accédant, cette émotion est à la fois le moteur de votre projet et votre plus grand adversaire. On vous a certainement déjà conseillé de bien calculer votre budget, d’anticiper les frais de notaire ou de vous méfier des travaux cachés. Ces conseils sont justes, mais ils volent en éclats face à la puissance d’une projection émotionnelle.

Le véritable enjeu n’est pas d’ignorer ces conseils, mais de comprendre pourquoi ils deviennent si difficiles à appliquer lorsque l’affect s’en mêle. Le problème n’est pas le coup de cœur en lui-même, mais l’aveuglement qu’il provoque. Il crée des biais cognitifs puissants qui vous poussent à minimiser les défauts, à surévaluer les qualités et, in fine, à surpayer un bien qui pourrait devenir un fardeau financier ou logistique.

Et si la solution n’était pas de combattre cette émotion, mais de la désarmer en la traduisant en chiffres ? Cet article n’est pas une énième liste de mises en garde. C’est une méthode de coach, un bouclier rationnel conçu pour vous, jeune couple ou acheteur enthousiaste. Nous n’allons pas vous dire de ne rien ressentir ; nous allons vous apprendre à transformer chaque « sentiment » en un critère d’analyse objectif, chaque compromis en une ligne de calcul et chaque visite en une expertise méthodique. L’objectif : faire en sorte que votre premier achat soit un tremplin pour votre avenir, et non un piège doré.

Pour vous armer face à ces enjeux, nous allons décortiquer ensemble les points de vigilance essentiels. Ce guide structuré vous donnera les clés pour évaluer un bien au-delà de l’émotion, depuis sa liquidité future jusqu’aux détails d’une offre d’achat bien construite.

Comment évaluer la liquidité future d’un bien avant même de faire une offre ?

Avant même de parler de « coup de cœur », posons la question que 99% des primo-accédants oublient : « Si je dois revendre ce bien dans 5, 7 ou 10 ans, sera-ce facile et rapide ? ». C’est ça, la liquidité d’un bien immobilier. Un bien « liquide » se vend bien, quelles que soient les conditions de marché, car il répond à une demande forte et constante. À l’inverse, un bien « illiquide » (atypique, mal situé, avec des charges élevées) peut devenir un véritable piège, vous forçant à brader le prix ou à attendre des mois pour trouver un acheteur.

L’erreur émotionnelle est de se concentrer uniquement sur ses propres besoins actuels. L’approche rationnelle consiste à se mettre dans la peau d’un investisseur et d’évaluer le potentiel intrinsèque du bien. Penser à la liquidité vous protège du risque de surpayer un bien qui ne plaît qu’à vous. Pour cela, il faut mener une petite enquête. Voici trois critères objectifs à analyser pour ne laisser aucune place au hasard :

  • Analyser la dynamique du quartier : La vitalité d’une rue n’est pas une impression, elle se mesure. Un turnover élevé des commerces est souvent un mauvais signe. Si les boutiques ferment et rouvrent sans cesse, cela peut indiquer un manque de passage ou des loyers trop élevés, signes d’un quartier en perte de vitesse.
  • Anticiper l’avenir urbanistique : Votre quartier aujourd’hui ne sera pas le même demain. Il est impératif de consulter le Plan Local d’Urbanisme (PLU) en mairie. Vous y découvrirez les projets à 5-10 ans : construction d’une ligne de tram, d’une école (valorisant) ou d’un grand immeuble qui vous volera votre vue et votre soleil (dévalorisant).
  • Simuler le potentiel locatif : Même si vous n’avez aucune intention de louer, faites le calcul. Un bien qui se loue facilement et à bon prix est une assurance pour votre investissement. Cela signifie qu’il répond aux critères essentiels de nombreux acheteurs potentiels (proximité des transports, des écoles, agencement fonctionnel). C’est un indicateur de demande structurelle forte.

En intégrant ces réflexes, vous ne choisissez plus seulement un logement, vous sélectionnez un actif financier performant. C’est la première et la plus importante étape pour passer d’un acheteur émotionnel à un investisseur avisé.

La check-list ultime des 20 points à vérifier lors d’une contre-visite

La première visite est souvent celle de l’émotion. La seconde, la contre-visite, doit être celle de la raison pure. C’est votre moment pour devenir un inspecteur, un enquêteur qui cherche non pas à confirmer son coup de cœur, mais à l’invalider. Les experts sont unanimes : la précipitation est l’ennemi numéro un du primo-accédant. Comme le confirment les spécialistes de Pretto, multiplier les visites est un moyen essentiel d’éviter les erreurs coûteuses, car le stress de l’achat peut mener à des décisions hâtives. Votre mission n’est donc pas de revoir ce que vous avez aimé, mais de traquer méthodiquement ce que vous n’avez pas vu.

Oubliez le charme du lieu et concentrez-vous sur les détails techniques, pratiques et structurels. C’est là que se cachent les futurs problèmes et les arguments de négociation. Pour vous aider, transformez cette contre-visite en un audit méthodique, armé d’un mètre, d’une lampe de poche et de votre smartphone.

Acheteur inspectant minutieusement les détails d'un appartement lors d'une contre-visite

Cette inspection minutieuse, comme le montre l’image, doit aller au-delà des apparences. Plutôt qu’une longue liste, concentrez-vous sur 5 domaines clés avec des questions précises :

  1. Structure et Isolation : Ouvrez toutes les fenêtres et portes. Sont-elles faciles à manipuler ? Y a-t-il des traces de condensation (signe de mauvaise isolation) ? Tapotez les murs : un son creux peut indiquer une simple cloison, un son plein un mur porteur.
  2. Plomberie et Électricité : Tirez la chasse d’eau et ouvrez les robinets en même temps. La pression baisse-t-elle drastiquement ? Demandez à voir le tableau électrique : est-il récent (avec disjoncteurs) ou ancien (avec fusibles) ? Un tableau ancien est un coût de rénovation quasi certain.
  3. Voisinage et Bruits : Si possible, faites la contre-visite à une heure différente de la première (le soir ou le week-end). Tendez l’oreille. Entendez-vous les voisins du dessus marcher ? La télévision d’à côté ?
  4. Lumière et Orientation : Utilisez une application de boussole sur votre téléphone pour vérifier l’orientation réelle de chaque pièce. Une « exposition sud » annoncée peut parfois être un « sud-ouest » qui ne voit le soleil que deux heures par jour.
  5. Parties Communes et Charges : L’état de l’escalier, de l’ascenseur ou du hall d’entrée en dit long sur la gestion de la copropriété. Demandez à consulter les trois derniers procès-verbaux d’Assemblée Générale : vous y découvrirez les travaux votés, à venir, et les éventuels conflits entre copropriétaires.

Ne quittez jamais une contre-visite sans avoir plus de questions que de réponses. Chaque doute est une information, chaque défaut potentiel un argument pour votre future négociation.

S’éloigner de 15 min ou perdre une chambre : quel compromis regrette-t-on le moins après 2 ans ?

C’est souvent le dilemme le plus cornélien du primo-accédant : le budget étant fixe, faut-il sacrifier la surface pour rester près du centre, ou accepter un temps de trajet plus long pour avoir une pièce en plus ? L’émotion pousse à une réponse immédiate : le jeune couple sans enfant privilégiera la proximité, la famille naissante la chambre supplémentaire. L’approche rationnelle, elle, exige de quantifier le coût de chaque compromis sur le long terme.

En effet, la durée de détention moyenne pour un premier achat immobilier en France est d’environ sept ans. Votre décision doit donc être viable non pas pour votre situation actuelle, mais pour celle des sept prochaines années. Un choix qui semble parfait aujourd’hui peut devenir une source de stress et de regret en quelques mois. Pour sortir de l’affect, posons les chiffres. Chaque choix a des conséquences mesurables en temps, en argent et en flexibilité future.

Le tableau suivant n’est pas un simulateur, c’est un « calculateur de regrets ». Il vous aide à visualiser l’impact concret de chaque scénario sur votre quotidien et votre patrimoine.

Analyse comparative : Compromis distance vs. surface
Critère +15 min de trajet (par trajet) -1 chambre
Coût en temps/an (base 220 jours travaillés) Environ 110 heures (soit presque 3 semaines de travail) 0 heure
Flexibilité future (télétravail, arrivée enfant) Améliorable (si télétravail partiel possible) Très difficile à modifier (pousse au déménagement)
Impact sur la revente Modéré si bien desservi Fort si la cible du quartier est familiale
Stress quotidien Élevé et récurrent (retards, grèves) Ponctuel (manque de place pour les invités)

Ce tableau met en lumière un point crucial : le temps de trajet est un coût quotidien et récurrent, tandis que le manque de place est un inconfort souvent ponctuel. De plus, il est souvent plus facile de trouver des solutions au manque de place (mobilier modulable, télétravail dans le salon) que de réduire un temps de transport subi. Votre rôle est d’évaluer quel « coût » votre famille et vous êtes le plus à même de supporter sur la durée, en pensant à vos projets de vie à 5 ans.

En fin de compte, le « bon » compromis est celui qui préserve au maximum votre flexibilité future. Un bien légèrement plus petit mais parfaitement placé et modulable sera souvent un meilleur investissement sur le long terme qu’un bien plus grand mais rigide et isolé.

L’indice subtil d’humidité que les vendeurs tentent souvent de camoufler

L’humidité est le cancer d’un logement. C’est un problème qui peut être structurel, coûteux à réparer, et qui est systématiquement minimisé, voire activement camouflé par les vendeurs. Un coup de peinture « anti-humidité » juste avant les visites, des déshumidificateurs qui tournent la nuit, ou des meubles stratégiquement placés devant une tache suspecte… Les techniques sont nombreuses. Votre coup de cœur vous fera voir un « intérieur cosy et chaleureux », mais votre esprit d’analyse doit rechercher les signes avant-coureurs d’un problème latent.

L’agent immobilier et le vendeur vous parleront de « légère condensation » ou d’un « bâtiment ancien qui respire ». Votre rôle de coach vous impose de ne croire que ce que vous pouvez vérifier vous-même. Il faut se transformer en véritable détective et utiliser des techniques qui vont au-delà de la simple observation visuelle. Voici quatre méthodes de professionnel pour débusquer ce que l’on tente de vous cacher :

  • Le ‘test de l’odorat post-visite’ : Notre nez s’habitue très vite aux odeurs. Durant la visite, l’odeur de moisi ou de renfermé peut vous échapper. L’astuce est de prendre une grande inspiration d’air frais à l’extérieur juste après avoir quitté l’appartement. L’odeur d’humidité, par contraste, vous sautera alors au nez si elle est présente. C’est un indice extrêmement fiable.
  • L’analyse du comportement du vendeur : La psychologie est un outil puissant. Un vendeur qui, sans que vous ne posiez la question, se lance dans un long monologue sur la « super ventilation VMC toute neuve » ou la « bonne aération » du logement, est peut-être en train de sur-justifier pour masquer un problème. Un discours proactif non sollicité est un signal d’alerte.
  • Le ‘test du miroir de poche’ : Lors de la première visite, « oubliez » discrètement un petit miroir froid (sorti de votre sac) au fond d’un placard ou dans un coin suspect. Lors de la contre-visite, récupérez-le. S’il est couvert de buée, c’est la preuve irréfutable d’une condensation anormale et d’un manque de ventilation.
  • La recherche des ‘cicatrices’ de réparation : L’humidité laisse des traces, et les tentatives pour la cacher aussi. Soyez à l’affût des anomalies : une seule plinthe qui semble plus neuve que les autres, une petite zone du mur ou du plafond dont la peinture est étonnamment fraîche et blanche, un papier peint qui gondole légèrement dans un angle. Ce sont les « cicatrices » d’un problème traité en surface.

Un doute sur l’humidité n’est pas un détail, c’est un motif potentiel pour retirer son offre ou, à tout le moins, pour exiger un diagnostic par un professionnel indépendant avant de s’engager plus loin.

Faut-il acheter maintenant ou attendre une baisse des prix annoncée par les médias ?

C’est le grand dilemme qui paralyse de nombreux primo-accédants. D’un côté, les taux d’intérêt qui semblent se stabiliser, de l’autre, les titres des journaux qui annoncent une « chute imminente des prix ». Tenter de « timer » le marché, c’est-à-dire d’acheter au point le plus bas, est une illusion pour le particulier. C’est un jeu auquel même les professionnels se risquent peu. L’approche rationnelle n’est pas de prédire l’avenir, mais de prendre une décision éclairée basée sur les faits présents et votre situation personnelle.

Observons les faits. D’un côté, le marché a effectivement connu une correction. Selon les données des Notaires de France, on a pu observer une baisse des prix de -3,9% au 3e trimestre 2024 en France. Cette tendance pourrait vous inciter à attendre. Mais de l’autre côté, cette même source indique que l’attrait pour l’immobilier reste fort. Le marché n’est pas à l’arrêt, il se rééquilibre. Attendre, c’est aussi prendre le risque que les taux remontent ou que la demande pour le type de bien que vous cherchez explose, annulant l’effet d’une éventuelle baisse de prix.

La seule question qui vaille est donc : « Est-ce le bon moment *pour moi* ? ». Votre décision doit dépendre de trois facteurs personnels, et non des gros titres :

  1. Votre situation financière et professionnelle : Avez-vous un CDI ? Un apport solide ? Une capacité d’épargne mensuelle ? Si tous les voyants sont au vert, votre situation est plus importante que la conjoncture.
  2. Votre projet de vie : Avez-vous besoin de plus d’espace ? En avez-vous assez de payer un loyer « à fonds perdus » ? L’achat répond à un besoin personnel qui a sa propre temporalité.
  3. La qualité du bien trouvé : Si vous trouvez un bien qui coche toutes les cases de votre analyse rationnelle (liquide, sain, bien situé, au juste prix), le laisser passer en espérant une baisse hypothétique de 2% dans six mois est une erreur de calcul.

Comme le souligne le Conseil supérieur du notariat, l’immobilier reste une valeur refuge sur le long terme pour les Français.

La légère embellie du printemps constatée par les notaires démontre que l’appétence des Français pour la pierre-refuge ne se dément pas.

– Conseil supérieur du notariat, Dossier de presse

En conclusion, n’attendez pas le « moment parfait » du marché qui n’arrivera jamais. Construisez plutôt votre propre « moment parfait » en alignant votre projet de vie, votre solidité financière et la trouvaille d’un bien de qualité.

Comment obtenir un crédit immobilier avec un apport inférieur à 10% du prix d’achat ?

La règle des « 10% d’apport » n’est pas une loi, mais un usage bancaire. Les banques exigent généralement cette somme pour couvrir les frais de notaire et de garantie, qu’elles ne veulent pas financer. Pour un appartement à 200 000€, cela représente 20 000€, une somme considérable pour un jeune couple. L’émotion face à ce mur financier peut être le découragement. L’approche du coach est de voir cela non pas comme une barrière infranchissable, mais comme un défi à relever avec stratégie.

Si votre apport personnel est faible, vous devez compenser en présentant un dossier « parfait » sur tous les autres aspects. La banque doit avoir une confiance absolue en votre capacité à gérer un budget et à rembourser votre dette. Il ne s’agit pas de la convaincre de prendre un risque, mais de lui prouver que vous n’en êtes pas un. Cela passe par la démonstration d’une rigueur et d’une anticipation sans faille. Des solutions existent, comme l’intégration d’un don familial ou la caution d’un proche, mais elles ne suffisent pas toujours. Vous devez devenir l’emprunteur idéal.

La constitution de ce dossier d’excellence est un projet en soi qui doit démarrer au moins 6 mois avant votre demande de prêt. C’est un marathon, pas un sprint. Voici un plan d’action pour bâtir une candidature en béton, même avec un apport limité.

Votre plan d’action pour un dossier de prêt en béton

  1. Audit de vos comptes : Listez tous vos comptes et analysez les 6 derniers mois. L’objectif est de présenter des relevés sans aucun découvert, sans incident de paiement et, idéalement, avec une épargne régulière, même modeste (ex: 100€/mois). C’est ce que la banque appelle le « saut de charge » : la preuve que vous pouvez vivre en dépensant moins que vous ne gagnez.
  2. Collecte des aides mobilisables : Inventoriez toutes les aides auxquelles vous avez droit. Le Prêt à Taux Zéro (PTZ) peut financer jusqu’à 40% du montant dans le neuf. Le prêt Action Logement (si vous êtes salarié d’une entreprise de plus de 10 personnes) peut apporter jusqu’à 40 000€ à un taux très bas. Ces dispositifs sont considérés comme de l’apport par certaines banques.
  3. Cohérence du projet : Votre projet d’achat doit être réaliste par rapport à vos revenus. Confrontez le prix du bien convoité à votre taux d’endettement maximal (généralement 35%). Un projet qui vous amène à 34% d’endettement est crédible. Un projet à 40% sera refusé, même avec un bon dossier.
  4. Mise en valeur de votre profil : Préparez un « dossier comportemental ». C’est un argumentaire qui met en avant votre stabilité professionnelle (ancienneté, secteur porteur), votre gestion financière passée et votre capacité à faire des efforts. Montrez que vous êtes un gestionnaire de risque, pas un flambeur.
  5. Plan de diversification des démarches : Ne mettez pas tous vos œufs dans le même panier. Préparez une liste de banques régionales (souvent plus flexibles), de courtiers spécialisés dans les profils de primo-accédants et contactez votre propre banque. Comparez systématiquement les offres pour faire jouer la concurrence.

Bâtir ce dossier est un travail exigeant, mais c’est la clé. Pour vous assurer que votre candidature est solide, suivez rigoureusement les étapes de constitution de votre dossier de prêt.

Un dossier ainsi préparé montre à la banque que même si votre apport est faible, votre sérieux, lui, est maximal. C’est souvent cet élément qui fait la différence et déclenche l’accord de financement.

Le piège des scénarios de travaux irréalistes qui ne permettent pas d’atteindre la classe C

Face à la hausse des prix, l’achat d’un bien avec travaux, notamment une « passoire thermique » (classée F ou G au Diagnostic de Performance Énergétique), peut sembler une bonne affaire. Le coup de cœur vous fait voir le « potentiel » et vous imaginez déjà un intérieur rénové à votre goût. Le vendeur, lui, vous glissera qu’avec « quelques travaux d’isolation », vous passerez facilement en classe C. C’est le piège le plus dangereux du marché actuel.

La réalité est que la part des logements énergivores reste significative. Selon le bilan des Notaires de France, ils représentaient encore 17% des ventes de maisons anciennes au 3e trimestre 2024. Sous-estimer le coût, la complexité technique et l’impact réel des travaux de rénovation énergétique est une erreur qui peut transformer votre rêve en cauchemar financier. Un budget de 20 000€ peut vite grimper à 40 000€, et la classe C promise peut s’avérer inatteignable sans toucher à la structure même du bâtiment.

L’approche rationnelle impose de remplacer les estimations « à la louche » par une hiérarchisation basée sur le rapport coût/efficacité énergétique. Tous les travaux ne se valent pas. Certains sont très chers pour un gain minime sur le DPE, tandis que d’autres ont un impact maximal pour un investissement maîtrisé. Avant de signer, vous devez avoir une vision claire des priorités.

  • Priorité 1 – L’isolation des combles : C’est le poste le plus rentable. Jusqu’à 30% des déperditions de chaleur se font par le toit. C’est un travail relativement simple, rapide et avec un retour sur investissement énergétique immédiat. C’est le premier chantier à budgétiser.
  • Priorité 2 – La modernisation du système de chauffage : Remplacer une vieille chaudière au fioul par une pompe à chaleur ou une chaudière à condensation a un impact très significatif sur la consommation et donc sur le DPE. C’est un investissement plus lourd, mais souvent indispensable pour gagner plusieurs classes.
  • Attention – Le changement des fenêtres : C’est le « faux ami » de la rénovation. On pense souvent que c’est la priorité, mais l’impact sur le DPE est souvent moyen, surtout si les murs ne sont pas isolés. C’est un poste très coûteux qui ne doit être envisagé qu’après l’isolation des combles et des murs.
  • À évaluer avec prudence – L’isolation des murs : L’isolation par l’extérieur (ITE) est très efficace mais très chère et pas toujours possible (contraintes d’urbanisme). L’isolation par l’intérieur (ITI) est moins chère mais fait perdre de la surface habitable (environ 10-15 cm par mur) et son retour sur investissement est souvent décevant si le reste n’est pas traité.

Ne vous fiez jamais aux estimations du vendeur ou de l’agent. Faites venir au moins deux artisans qualifiés RGE (Reconnu Garant de l’Environnement) *avant* de faire votre offre, et demandez-leur une simulation du gain de DPE pour chaque scénario de travaux. C’est la seule façon d’objectiver le « potentiel » du bien.

Ce qu’il faut retenir

  • Pensez comme un investisseur : Avant de vous demander si le bien vous plaît, demandez-vous s’il se revendra facilement. La liquidité est votre meilleure protection.
  • La contre-visite est une enquête : Votre objectif n’est pas de confirmer votre coup de cœur, mais de chercher activement les défauts et les problèmes cachés.
  • Quantifiez chaque compromis : Ne choisissez pas entre surface et localisation à l’instinct. Calculez l’impact de chaque option en heures, en euros et en flexibilité future.

Comment faire une offre d’achat agressive qui soit acceptée par le vendeur ?

Après l’analyse, l’inspection et la rationalisation, vient le moment de l’action : l’offre d’achat. L’émotion vous pousse à faire une offre rapide au prix demandé, de peur que le « bien de vos rêves » ne vous échappe. C’est une erreur stratégique. Une offre « agressive » ne signifie pas forcément une offre très basse, mais une offre intelligente, argumentée et sécurisante pour le vendeur. C’est la synthèse de tout votre travail d’analyse préalable.

Votre objectif est de montrer au vendeur que vous n’êtes pas un touriste, mais un acheteur sérieux, financé et décidé. Un dossier solide et une offre bien construite peuvent convaincre un vendeur d’accepter un prix inférieur à celui d’un autre acheteur au dossier plus flou. Votre offre doit être une démonstration de votre maîtrise du projet. Elle doit rassurer sur trois points : votre motivation, votre financement et votre fiabilité.

Voici comment structurer une offre qui maximise vos chances de succès, même en étant en dessous du prix affiché :

  1. Justifiez votre prix : Ne proposez pas un chiffre sans explication. Votre offre doit être accompagnée d’un bref argumentaire (oral ou écrit) basé sur vos analyses : « Nous vous faisons cette offre en tenant compte des travaux de rénovation énergétique à prévoir pour atteindre la classe D, estimés à X€, et de la nécessité de refaire le tableau électrique ». Cela montre que votre prix n’est pas une fantaisie, mais le résultat d’un calcul.
  2. Prouvez votre financement : C’est le point le plus important pour le vendeur. Joignez à votre offre une attestation de financement ou une simulation de prêt détaillée de votre banque ou de votre courtier. Cela prouve que vous n’êtes pas un rêveur et réduit le risque que la vente capote à cause d’un refus de prêt. Un acheteur à 290 000€ avec un financement validé est souvent préféré à un acheteur à 300 000€ sans aucune preuve de solvabilité.
  3. Soyez flexible sur les conditions : Si le prix est votre point de négociation principal, montrez de la souplesse sur le reste. Proposez par exemple de vous aligner sur la date de signature souhaitée par le vendeur. Cela peut être un argument décisif pour quelqu’un qui a déjà signé pour un autre bien.
  4. Limitez les conditions suspensives : Une offre est toujours soumise à l’obtention du prêt. Mais évitez d’ajouter une multitude d’autres conditions (vente de votre propre bien, obtention d’un permis de construire pour une extension…). Une offre simple est une offre rassurante.

La maîtrise de l’art de la négociation est la touche finale de votre projet. Pour être certain que votre démarche soit la bonne, il est utile de revoir les composantes d'une offre d'achat réussie.

En appliquant cette méthode, vous ne subissez plus le processus d’achat, vous le pilotez. Vous transformez chaque étape, de la recherche à l’offre, en une décision stratégique qui protège votre avenir financier et vous assure de faire non pas l’achat d’une vie, mais le premier bon investissement de votre vie.

Rédigé par Julien Faure, Chasseur immobilier et négociateur expert, ancien directeur d'agence avec 20 ans de transactions à son actif. Spécialiste du marché résidentiel, de l'investissement locatif et de l'achat sur plan (VEFA).